Et les idées dans tout ça ?


Dédale de l'esprit


A Metz, au Centre Pompidou, une exposition magique. A la Cinémathèque à Paris, Métropolis, de Fritz Lang, dans sa version restaurée et intégrale. Entre les deux événements, une communication souterraine et passionnante.

La ville monde.
Il paraît que Lang n’aimait pas Metropolis, toujours cité parmi les films les plus importants du septième art. Peut-être parce que sa femme, Tea Von Harbou, auteur du roman dont elle a tiré le scénario, était devenue nazie. Dans une salle de l’exposition messine, on aperçoit une affiche de Paul Citroën, un artiste berlinois mort en 1983, qui a été lié aux dadaïstes allemands. Avant Picasso ou Braque, Citroën s’est adonné au montage de cartes postales et de journaux découpés. Cette affiche, qui s’appelle Metropolis, a directement inspiré Lang. Le point commun entre l’affiche de Citroën et le film de Lang. C’est la ville-monde. C'est-à-dire la ville labyrinthe. L’incroyable et oppressante ville du film, dont l’esthétique continue de marquer le cinéma de science-fiction, est une ville labyrinthe, horizontalement et verticalement (le « haut » des castes dirigeantes, le « bas » des masses laborieuses).

C’est quoi un labyrinthe ?
Une entrée, une sortie, et entre les deux des voies multiples. Pour une même issue, plusieurs chemins possibles. Impossible de décider a priori lequel est le bon, il n’est pas déterminé à l’avance. On peut voir le monde comme un labyrinthe, la physique pousse à cette image. Dans la matière, le trajet d’une particule entre deux points ne peut être tracé à l’avance. On peut seulement établir la probabilité de sa présence entre les deux points, parce qu’il y a plusieurs voies pour elle. Le monde est complexe veut dire : il est labyrinthique.

Le corps est un labyrinthe.
Metropolis, la ville, est une métaphore du monde et une métaphore politique. Mais avant tout une métaphore psychique. Quelques années avant le film, Freud a rendu publique sa description de l’esprit. En voyant le film on pense pourtant moins à Freud qu’à Bergson. Dans l’univers de Bergson, quand une action s’exerce sur une chose, elle produit en retour une réaction. Les êtres vivants ont la capacité d’introduire un retard dans leur réaction à une stimulation extérieure.

On est libre dans le labyrinthe.
Plus les organismes sont complexes, plus le retard peut être important, plus la réaction peut être différenciée. Plus l’organisme a le choix. Parce qu’il complexe. Etre conscient c’est avoir le choix, de plus en plus. Venant de l’extérieur, l’impulsion peut emprunter des canaux différents. La réaction peut suivre des chemins multiples. Un peu comme dans un standard téléphonique à l’ancienne où la standardiste aiguille un appel extérieur vers tel ou tel bureau, ou bien fait patienter celui qui appelle. En empruntant le labyrinthe, en passant de haut en bas, et de bas en haut, le héros et l’héroïne de Metropolis introduisent de l’inattendu dans le destin. Quoique la bouche des profondeurs, tout au fond de Metropolis, continue d’avaler les ouvriers dans son feu, comme la bouche d’un inconscient monstrueux au fond duquel brûlent les pulsions.



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