Et les idées dans tout ça ?


Lisez Zizek


Il paraît qu’il n’y a plus que des nains de la pensée. Que l’intellectuel génial est un vestige historique. Mais quand Sartre ou Camus ont commencé d’écrire, certains pleuraient l’absence d’Anatole France. En son temps, le grand Jean-Paul qui manque tant était gentiment qualifié de « hyène dactylographe ». Les grands, ils sont toujours déjà là, mais on ne le sait pas encore.
Alors lisez le philosophe et psychanalyste slovène Slavoj Zizek. Il y a quelques années il avait publié une incroyable relecture de Hegel et de Lacan intitulée Le plus sublime des hystériques. Flammarion vient de sortir, dans la collection « Bibliothèque des savoirs », son dernier livre, Pour défendre les causes perdues. C’est aussi profond que Badiou, et c’est beaucoup plus drôle. Zizek, penseur pop de la gauche radicale européenne, n’a peur de rien. Il dit qu’il faut croire en la politique révolutionnaire comme Pascal avait foi en son Dieu, qu’il faut chercher « les grains de vérité » y compris dans ce que fut le stalinisme, la Terreur de 1793 (« autant de bons pas dans la mauvaise direction »), dans les errements de Heidegger, que si les révolutions ratent toujours, ce n’est pas un échec, que renoncer à prendre le pouvoir c’est renoncer à l’émancipation humaine.
C’est fort, scandaleux, vivifiant, libérateur, c’est un printemps et une floraison qui font un peu trembler dans les chapelles du conformisme.



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