Des nouvelles à croquer


Maman fait grève


Maman fait grève. Elle a fait sa déclaration ce matin. Après un long soupir et un silence inhabituel. Maman se tait rarement. Surtout le matin quand il faut partir pour l’école et que nous ne sommes pas prêts, que Sam rêve devant ses tartines de confiture qui coulent dans le bol de chocolat qui refroidit et qu’il faudra réchauffer car le chocolat froid, il n’aime pas ça. C’est normal, ce n’est pas bon. Le matin, maman est partout à la fois. Par exemple, quand je suis en train de me brosser les dents tout en parlant et que le jus du dentifrice coule vers mon tee-shirt - c’est normal, je ne peux pas voir ce qui coule ou pas - Maman le remarque dans la seconde. D’un geste expert, elle essuie d’une serviette ou d’un papier absorbant ou de la main, la goutte fatale à mon tee-shirt. Il est rare que j’aie besoin de me changer. Elle voit tout. C’est normal. C’est maman. Le matin, elle court vraiment dans tous les sens. Ses grands bras bougent de l’un à l’autre, de la cuisine où elle supervise le petit déjeuner, à la salle de bain où elle tresse mes nattes, au salon où elle attrape le cartable de Sam qui a glissé derrière le canapé, à sa chambre où elle récupère son téléphone des mains de Julie qui joue au mini golf au lieu d’enfiler ses chaussures. Elle ressemble à un grand chef d’orchestre. Ou à une pieuvre. Ses bras retombent devant la grille de l’école quand elle nous dit au-revoir. Des fois, j’ai l’impression qu’elle est contente de nous déposer devant l’école et de partir travailler. Elle a un grand sourire. Elle a l’air zen. Elle ressemble au chat.

Ce matin, maman n’a pas souri pendant de longues minutes. Elle a regardé la terre répandue dans l’entrée. Elle avait l’air atterrée. Il faut dire que j’avais complètement oublié de vider mes chaussures en rentrant du jardin hier après-midi. J’oublie souvent de secouer mes chaussures pleines de sable. J’oublie même tout le temps. Je vois bien quand il y a du sable dans mes chaussures. Mais je me dis que je les secouerai plus tard. J’ai toujours un tas de choses à faire en rentrant. Et souvent, quand j’arrive à la maison, mon chat accourt en miaulant dans le couloir. Et je craque. Je vais jouer avec lui. Ou je le porte dans ma chambre pour lui dire un secret. Enfin, généralement, maman vide mes chaussures au moment de partir pour l’école. Ce matin, tout est allé de travers.

Pourtant, j’étais contente de moi. Pour gagner du temps, je m’étais habillée avant de prendre mon petit déjeuner et j’avais mis mes chaussures. Maman a dit qu’on pouvait suivre mon parcours à la trace dans toute la maison, comme le petit poucet. Et j’avais fait du trajet en une demi-heure !

- Un aller retour hall d’entrée – cuisine pour prendre mon petit déjeuner.
- Un aller retour hall d’entrée – ma chambre pour prendre les cartes que je dois rendre à Marie.
- Un aller-retour hall d’entrée - salon pour faire un gros câlin à mon chat adoré. Pas fou, il se met hors circuit de cette course matinale. Pendant que tout le monde se prépare, il dort bien tranquille sur le canapé.
- Un aller-retour hall d’entrée – salle de bain pour aller faire pipi.

Ce n’est tout de même pas de ma faute si tous les chemins de la maison passent par ce hall d’entrée ! C’est debout dans le hall d’entrée que maman a cessé de bouger. Elle a regardé les traînées de sable qui partaient en étoile depuis ce sacré hall. Elle a poussé ce grand soupir. Ensuite, sans me regarder, elle a annoncé calmement que ça suffisait et qu’elle faisait grève. Elle a rajouté « jusqu’à nouvel ordre », ce qui n’était pas très clair. Je n’ai pas osé lui demander des explications à ce sujet. A priori, elle faisait grève à cause de moi. Elle avait l’air de maman quand elle est vraiment en colère. Dans ces cas-là, contrairement à d’autres mamans, elle ne crie pas. Maman crie rarement. Des fois, je préfèrerais. Si elle rugissait comme un lion très fâché, je pourrais me mettre en colère moi-aussi. Cela fait du bien de se mettre en colère. On peut détourner le sujet. C’est pratique. Mais maman se fâche à sa façon. Elle devient un petit glaçon, et nous, les enfants, nous n’en menons pas large. Comme le jour où elle m’a dit que je l’avais déçu. Pas de cri, pas de punition, rien. Elle a plongé ses grands yeux noirs dans les miens. J’avais l’impression qu’elle pouvait voir jusqu’où je pouvais mentir. Et puis elle m’a dit cette phrase toute courte, trois mots minuscules qui m’ont fait pleurer. Je l’avais déçu. J’avais menti. J’ai fini la soirée consignée dans ma chambre, seule avec toutes les pensées qui se battaient dans ma tête et le regard de maman sur moi. Marie a trouvé qu’elle avait été vraiment cool. Elle, elle avait passé un sale moment avec sa mère qui avait hurlé des leçons de morale dans ses oreilles. Elle ne comprenait pas que je trouve ma punition plus terrible. Maman déçue est une maman triste et toute froide. Mais je ne méritais pas de câlin ce jour-là. J’étais d’accord avec elle. Maman avait raison. Hélas.

Aujourd’hui, il ne s’est rien passé de particulier. Mais j’ai senti à l’air de maman qu’il fallait la prendre au sérieux. Elle n’est pas allée chercher l’aspirateur. Elle n’a pas continué à s’agiter dans tous les sens. Elle a allumé sa bouilloire et s’est assise dans la cuisine. Elle regardait par la fenêtre. Même papa qui n’était pas encore parti au travail a trouvé son attitude bizarre. Il s’est arrêté de nouer sa cravate pour comprendre ce qui se passait.

- Qu’est-ce qui t’arrive ?
- Je viens de vous le dire, je fais grève.

Papa a rigolé. Il n’aurait pas du. Maman ne s’est pas énervée. Elle lui a dit qu’elle en avait assez et qu'il était grand temps que lui et les enfants comprennent qu’ils doivent aider dans la maison, qu’elle était fatiguée de passer derrière tout le monde, lui le premier. Et que de toute façon, elle n’allait pas s’énerver, elle faisait grève. Il était grand temps que la vie redevienne simple et agréable pour elle.

Ce qui était rigolo, c’est que papa était dans le même lot que nous. En fait, nous étions tous les quatre plantés devant maman qui buvait tranquillement son thé. Enfin, Sam n’avait pas bougé de sa chaise. Papa allait être en retard. Nous allions être en retard. Maman n’est pas arrivée en retard. Elle est partie dès qu’elle a eu fini son thé. Papa était fou furieux. Il nous avait sur les bras tous les trois.

Depuis la rentrée scolaire, Julie a parfois le droit d’aller à l’école toute seule. Pour Sam et moi, c’est interdit. Maman et papa trouvent que nous sommes trop petits. Concernant Sam, je suis d’accord avec eux. Il a cinq ans. Mais moi, j’ai huit ans ! Je pourrais très bien y aller seule. J’ai des tas de copains qui vont seuls à l’école alors qu’ils habitent encore plus loin que moi. Mais c’est non ! Et quand papa et maman disent non, ce n’est même pas la peine d’insister. Pourtant, ce matin, j’ai senti que papa aurait bien aimé que j’y aille seule avec Sam et que je ferme la porte en partant. Mais je n’ai pas de clé.

Papa nous a regardé Julie et moi, plantées dans ce fichu hall sale. Puis, il a regardé Sam. Il a vu la confiture couler sur son pantalon kaki. Il faut dire que Sam s’était tourné pour suivre ces évènements vraiment bizarres et sa tartine n’était plus du tout au-dessus de son bol de chocolat, ni même au-dessus de la table. Elle était au-dessus du vide et bien placée pour laisser la confiture glisser sur son pantalon. Splash. Il a fait une énorme tâche de framboise. Il faut dire que la gelée glisse super facilement. Papa a poussé un cri de sioux. Il a même dit un énorme mot à Sam qui a fondu en larmes. Sam s’est mis à appeler maman. Papa a dit qu’il voulait tout le monde prêt devant la porte dans trois minutes. Il a passé des tas de coups de téléphone en tournant en rond dans le salon. Trois minutes ! Il est fou mon papa. D’abord, au bout de trois minutes, Sam était toujours dans la cuisine. Non consolé, Sam pleure. Il aurait fallu que papa le prenne par la main, lui retire son pantalon, mette le pantalon dans le bac à linge sale, attrape un autre pantalon, un qu’il aime si possible sinon il fait des tas d’histoires, lui essuie sa figure affreuse grimée de miettes, de beurre, de confiture, de larmes et de traces noires. Le noir venait du stylo qu’il avait grignoté pour se calmer en attendant que papa vienne le consoler.

Sans me laver les dents, et en sautant l’épisode nattes, je me suis retrouvée la première devant la porte, mon cartable sur le dos.

- Pourquoi Pauline est-elle prête et pas vous ?

Sam s’est remis à pleurer très fort et Julie a crié un truc de sa chambre. Elle faisait de la délation sur mes cheveux et mes dents. J’en suis sûre. Coquette comme elle est, il n’y a pas de risque que mademoiselle Julie sorte non coiffée. Maman dit qu’elle est amoureuse. De toute façon, le message de papa était clair. Il voulait partir, pas que nous nous préparions pour conquérir un premier prix de beauté. Pour lui, des enfants parfaits étaient des enfants prêts à quitter la maison sur le champ. J’étais prête. Les autres traînaient. Papa a levé les yeux au ciel. Il avait du travail, une réunion. Des gens l’attendaient. Il disait que ce n’était pas possible, que nous pourrions faire un effort, que Sam commençait à le rendre fou, et que Julie à son âge devrait comprendre et être prête depuis longtemps. Julie aussi s’est mise à pleurer pour une histoire de carnet à faire signer qu’elle avait oublié de faire signer. Elle risquait une punition de son professeur d’anglais qui a l’air terrible. J’ai regardé Julie avec beaucoup de compassion. Pour qu’elle se sente soutenue dans cette épreuve. J’espère que cette miss Smaïze sera partie à la retraite avant que je ne rentre au collège. Elle cause beaucoup d’ennuis à Julie. Je sens que l’anglais et moi, ça va être compliqué, surtout si je dois affronter la terrible miss Smaïze. Je suis sûre qu’elle est très vieille avec de la moustache comme la sorcière dans mon livre de contes russes. Papa a sorti un stylo de sa veste et a demandé à Julie de se calmer. Il a dit qu’il allait signer et qu’ensuite on allait vite vite vite partir. Julie a reniflé en sortant de son sac le cahier d’anglais rouge. Elle a attrapé comme si elle était explosive une double feuille de papier qu’elle a tendu à papa sans le regarder. Papa est devenu aussi rouge que le cahier. Il a dit que ce n’était pas le moment mais qu’ils allaient en parler ce soir avec ‘sa’ mère. Qu’il avait bien envie de ne pas signer ce torchon mais devant la mine de Julie qui devenait toute tordue, il a signé. Le visage de Julie se tord avant qu’elle ne fonde en larmes. C’est très amusant. Je ne sais pas comment elle fait ça. Sam ouvre la bouche et les sanglots arrivent tout de suite. Maman pleure en silence et presque jamais. Je n’ai jamais vu pleurer papa. Enfin, ce matin, j’ai cru qu’il allait se mettre à pleurer. Quand il a dit « on y va » et que la petite voix de Sam exaspérée a répondu en pleurant « mais enfin papa je ne peux pas » ! Papa s’est rappelé que Sam était toujours en plein épisode confiture, sale, pas lavé, pas coiffé (ex æquo avec moi sur ce sujet).
Sam est parti à l’école en pleurant et Julie a reçu une baffe. C’est rare. Mais elle a explosé de rire en voyant Sam rhabillé par papa.

- Oh le clown !
- Je suis pas un clown !
- Tu as l’air d’un bouffon !

Et la gifle est partie en même temps que le hurlement de Sam.

**

- Bonjour monsieur LABEL !

Papa a fait un signe à la maîtresse et s’est sauvé en tirant Sam hurlant vers la maternelle. J’avais l’impression que Samy volait. C’était géant. Il n’avait pas son sac à dos avec le goûter pour quatre heures mais je n’ai rien dit, j’ai senti que ce n’était pas le moment. Et puis, papa ne sait pas ces choses-là. C’est maman qui s’en occupe.

La maîtresse a fermé la porte de l’école. J’étais la dernière des dernières et j’avais drôlement peur de me faire gronder. La maîtresse et monsieur le directeur sont terribles sur le respect des horaires. Monsieur le directeur nous a fait copier un mot très long dans le cahier de classe à ce sujet et nous avons du le faire signer à nos parents. Je me rappelle qu’à la fin du mot il nous a dicté une phrase sur les ’sanctions’ prises envers les enfants accusant un retard inadmissible. Il n’avait pas détaillé les ‘sanctions’ mais je sentais bien que dix minutes de retard pouvaient être considérées comme ‘un retard inadmissible ‘et je n’en menais pas large.

- C’est la première fois que ton papa t’accompagne à l’école Pauline. Non ? Tu dois être contente.
- Oui. Maman fait grève aujourd’hui.

Je ne sais pas pourquoi la maîtresse a rigolé. C’est rare qu’elle rigole avec les élèves. Quand nous sommes entrées toutes les deux dans la cour, les élèves étaient déjà tous en rang car bien sûr la cloche avait sonné. Ils nous ont tous regardé avec des yeux très ronds moi et la maîtresse hilare. J’étais drôlement fière. J’ai expliqué aux copines à la récréation que maman faisait grève et que la maîtresse trouvait ça formidable. Gwaen, qui est une casse-pied, a déclaré que c’était ridicule, que la grève consistait à ne pas aller travailler, et que si ma mère n’allait pas travailler, elle ne gagnerait pas d’argent et qu’on allait devenir très pauvre comme son oncle qui avait fait trop de grèves l’année dernière d’après sa mamy qui pleurait beaucoup. L’enfer ! J’ai commencé à paniquer. Les vraies copines ont dit à Gwaen d’aller voir ailleurs si j’y étais et que la grève de maman ne concernait pas son travail. Alors Gwaen a dit qu’on avait qu’à aller lire dans le dictionnaire la signification du mot ‘grève’. Qu’elle ne pouvait rien pour de pauvres tâches comme nous. J’allais lui tirer les cheveux quand la cloche a sonné. Ma meilleure copine Marie était un peu inquiète. Elle m’a pris à part après la cantine. Elle m’a dit qu’une maman qui se met en grève c’est très rare. Que maman ne voulait peut-être plus être maman. Je me suis souvenue que maman était partie très tôt ce matin, sans nous conduire à l’école. Et je me suis mise à pleurer. Marie m’a dit qu’elle m’aimait pour la vie et que si maman ne revenait pas je pourrai venir vivre chez elle. J’ai dit oui car j’ai bien compris ce matin que papa ne s’en sortira jamais avec nous trois. Marie m’a donné la main pendant toute la récréation de la cantine et celle de l’après-midi. Elle m’a serré dans ses bras en quittant la classe. Sam était déjà à la sortie de l’école. Il avait vraiment une allure étrange. Papa a un goût bizarre. J’ai dit à Nina que j’avais quelque chose de vraiment important à lui dire. Nina vient me chercher tous les jours à la sortie de l’école. Elle est géniale, on peut parler de trucs vraiment importants ensemble.

- Tu sais, j’ai dit à Nina, maman fait grève.
- Qu’est-ce que tu me racontes Pauline, maman est au travail. Je l’ai eu téléphone cet après-midi.
- Ne fais pas ta Gwaen, je lui ai dit
- Ma quoi ?
- Tu ne peux pas comprendre ? Gwaen, c’est une fille qui pense que faire grève c’est forcément ne pas aller travailler.
- Parce que c’est quoi pour toi ?

J’ai regardé Nina. A Nina, je peux tout dire. Presque tout. Elle m’explique. Même les choses que maman ou papa ne veulent pas m’expliquer. Je lui ai tout raconté. Quand j’ai eu fini, elle a souri. J’en ai déduit que ce n’était pas grave. Elle m’a dit que je pouvais aller jouer tranquille et que ce serait gentil d’aider un peu maman. J’ai foncé dans le jardin retrouver Marie et les autres copines pour les rassurer. Si Nina ET la maîtresse trouvaient la grève de maman amusante, il n’y avait pas de quoi stresser. Nous avons fait une super partie de dragons cracheurs de feu. J’étais un dragons à épine venimeuse et Marie un jaune à œil triple. Nous avons poursuivi Gwaen qui hurlait que nous avions des jeux aussi débiles que les garçons. Elle se prend pour une fille de collège alors qu’il lui manque une dent de devant ! C’est risible non ? Julie et ses copines ont déjà toutes leurs dents définitives.

***

Nina et la maîtresse avaient raison. La grève de maman est formidable. Vraiment. C’était une bonne idée. D’abord, maman est rentrée du travail très détendue. Elle n’a rien dit devant la pyramide de chaussures sales dans l’entrée. Nous avions goûté avant de faire nos devoirs. J’ai vu qu’elle ne se mettait pas à ranger la cuisine tout de suite en rentrant comme elle le fait d’habitude. Elle nous a embrassés. Elle a regardé mes devoirs que j’avais presque terminés. Je travaille super bien à l’école et mes devoirs ne sont jamais un problème. Elle a tout de suite vu que je ne m’étais pas coiffée ce matin mais elle n’a rien dit. J’ai vu qu’elle avait vu. J’ai eu peur un instant qu’elle ne se précipite dans la salle de bain pour y chercher ma brosse et le démêlant qui laisse des nœuds car j’ai trop de cheveux, trop épais et trop bouclés. Je trouve que les boucles cachent les nœuds. Les nœuds et les boucles, c’est un peu pareil. Maman n’est pas d’accord. Elle trouve que je fais négligée quand je sors pas coiffée. Enfin, ce soir elle a regardé mes cheveux tout noués sans rien me reprocher. Par contre, elle a rigolé devant le look de Sam qui s’est mis à pleurer en disant que papa l’avait obligé à mettre le moche pantalon de mamy qui gratte et mon tee-shirt noir avec un chat de fille dessus et les chaussettes petit pois. Maman a fait un câlin à son petit poussin. Ils ont préparé ensemble ses affaires pour le lendemain. Sam a tout mis à côté de son lit pour que papa ne lui fasse pas une nouvelle blague. Plus tard, j’ai vu le pantalon vert dans la poubelle. Je ne sais pas si c’est Sam ou maman qui l’a jeté. Je pense que c’est Sam car il y avait des tas de trucs dessus comme pour cacher. Mais j’ai reconnu sa couleur. Un vert pareil est unique. Je comprends Sam. J’ai aussi ‘perdu’ un pull rose cet hiver. Je déteste le rose. Maman a donné son bain à Sam qui est revenu calmé dans son super pyjama Batman. Elle est ensuite allée voir Julie. J’ai compris que papa avait laissé un message à maman à propos de la fameuse note d’anglais. Maman a décidé d’aller voir miss Smaïze et Julie a hurlé qu’elle ne voulait pas. Maman a quitté sa chambre en précisant que c’était elle ou papa qui irait. J’ai vu Julie sortir de sa chambre comme un petit diable sort de sa boîte et tendre à maman son carnet de correspondance pour qu’elle mette un mot à l’horrible miss Smaïze. Moi je trouve ça bien que maman la voie. Elle fait pleurer Julie tout le temps. D’ailleurs, j’ai fabriqué une amulette de protection anti Smaïze à Julie. Pour une fois, la frangine ne s’est pas moquée de moi. Elle a mis l’amulette dans son cartable et m’a fait un énorme câlin. C’est fou tout ce qui change depuis que maman fait grève.

Nous avons mangé tous les trois en babillant comme d’habitude sur nos journées respectives. Enfin, ce soir Julie était un peu absente et Sam était très bavard. Maman a fait mon repas préféré, des coquillettes avec du jambon. Après le dîner, elle a demandé à ‘l’amoureuse’ d’aller terminer ses devoirs. L’amoureuse a rougi et a foncé dans sa chambre. C’est vraiment bizarre les grandes sœurs. Je suis vite allée donner à mon chat les petits bouts de jambon que j’avais gardé pour lui sous mon assiette. Il adore le jambon autant que moi !

Maman est devenue vraiment cool. Elle n’a pas fait une seule remarque de la soirée. Pour une fois, nous n’avons pas eu droit à la liste interminable des recommandations. Nous n’avons pas entendu ‘lave-toi les dents’ ‘viens te coiffer’ ‘range ton bureau’ ‘débarrasse ton assiette’ ‘secoue tes chaussures’ ‘enlevez vos jouets du salon’ ‘préparez vos affaires pour demain’ ‘éteignez la lumière’. Rien. J’ai aussi remarqué qu’elle ne préparait pas le repas du soir pour elle et papa comme elle le fait d’habitude. Elle n’a pas mis la table non plus. Je me suis inquiétée. J’ai eu peur qu’ils sortent mais elle m’a assurée que non. Bizarre. Elle a couché Sam qui est un gros bébé à sa maman. Il fait des crises s’il n’a pas son câlin. Il voudrait maman pour lui tout seul. Maman est venue m’embrasser. J’ai bien vu qu’elle regardait ma chambre en s’asseyant sur mon lit et c’est vrai que ce n’était pas terrible. Mon sac de l’école n’était pas fait. J’ai sauté de mon lit, j’ai jeté dans le sac ma trousse et mon cahier de texte et j’ai ressauté dans le lit. J’attendais mon câlin. Maman m’a regardé en souriant sans rien dire. Je n’avais pas du tout envie de ranger. De toute façon, il était trop tard. Qu’est-ce que j’avais bien pu oublier ? J’ai fini par tilter ! Je n’avais pas préparé mes affaires de sport. J’ai ressauté du lit, sorti mon pantalon de jogging bleu et mon tee-shirt préféré. J’ai un peu caché mon tiroir mais maman a bien vu mes tee-shirts en boule. Elle ne m’a pas demandé de les ranger. Elle ne m’a pas expliqué qu’elle en avait assez de repasser mes affaires. Elle a attendu que je ressaute dans mon lit. Elle a passé sa grande main dans ma ‘tignasse de lionne ‘ comme elle dit, m’a gratté le dos – j’adore ça – et m’a embrassé. Elle m’a dit que j’étais impossible mais en souriant. Je lui ai dit que je la trouvais trop cool. Nous nous sommes serrées très très fort l’une contre l’autre. Elle a éteint la lumière et a fini sa tournée en passant voir Julie.

****

Un jour où Julie a raconté qu’elle voulait une grande maison avec des animaux et des tonnes d’enfants, j’ai expliqué que je voulais une grande maison avec des tonnes d’animaux mais surtout pas d’enfant. Maman a arrêté de préparer les fraises au sucre et m’a demandé pourquoi. J’ai expliqué que je ne voulais surtout pas être maman, que c’était trop dur, qu’il fallait s’occuper de tout le monde et passer sa vie à ranger et que je détestais déjà ranger mes affaires alors je n’allais pas passer ma vie à le faire pour les autres. C’est vrai quoi, il y a tellement de choses passionnantes à faire dans la vie. Maman m’a regardé d’un air bizarre. Elle s’est même arrêtée net de nettoyer les fraises bien rouges. Sam mécontent a vite commencé à taper avec sa cuillère sur son bol orange. Il voulait le bol bleu car c’est un garçon mais tout ce qui est bleu est pour moi dans la maison. Le bleu est ma couleur préférée. Je ne vais pas laisser un nain de cinq ans s’approprier mes affaires. Le orange va très bien au ‘petit soleil’ de maman. C’est ce que je lui ai dit et ça a fait rire maman. Elle a fait un clin d’œil à Sam qui a brandi le bol orange en piaillant ‘ je suis un soleil’. Julie a haussé les yeux au ciel en disant que l’essentiel était d’avoir un bol avec des fraises dedans. « Et plein de chantilly dessus » j’ai rajouté. J’adore les fraises car je suis dingue de chantilly. Je laisse les autres se servir avant moi, sinon ils stressent, et je vide la bombe dans mon bol. Mais avant de se jeter sur la chantilly, il faut avoir des fraises et maman n’avait pas l’air pressée de nous les donner. Elle s’est assise à table avec nous, a retiré la cuillère des mains de Sam - ce qui était une très bonne idée car il commençait à me taper sur les nerfs - et m’a regardé.

- Tu sais Pauline, je vais te dire un secret.

Je n’étais pas pressée de connaître ce secret. Pourtant, d’habitude, j’adore quand maman me dit des secrets, surtout quand on est sous ma couette ou que je me glisse dans son lit le dimanche matin. J’adore partager un secret. Un vrai secret. Pas un secret où elle ne sourit pas, qu’elle me dévoile devant mon frère et ma sœur. Ce secret sent le secret dangereux. Le secret éventé. Un secret qui a des conséquences. Elle m’a donc confié, et par conséquent à Sam et à Julie aussi, qu’elle détestait faire le ménage. Mais qu’on ne pouvait pas vivre dans un grand bazar permanent ni dans la saleté. Qu’elle avait toujours détesté ça, mais que ça faisait partie du quotidien, qu’il valait mieux le prendre avec philosophie et bonne humeur. Que depuis qu’elle était petite, elle n’avait toujours pas développé de passion pour l’ordre et le nettoyage, mais que nous n’avions pas le choix.

- Nous ?
- Mais oui Pauline, nous. Là où je suis d’accord avec toi, et je suis ravie que tu l’aies remarqué, c’est que c’est à nous tous de faire un effort pour vivre ensemble.
- Hum.
- Ce n’est pas à maman de tout faire pour vous tous. N’est-ce pas ?

J’avais raison de me méfier. Son secret était piégé.

- Par exemple, tu crois que c’est à moi de ranger vos chaussures tous les soirs ? Ce ne serait pas plus simple si chacun d’entre vous le faisait en rentrant de l’école ?
- Papa non plus ne le fait pas !
- C’est une mauvaise raison.
- Aïe !!!!

Julie m’a donné un coup de pied sous la table. Maman a repris le nettoyage des fraises mais j’ai eu beau sortir mes meilleures blagues, je ne lui ai pas arraché un vrai sourire. Elle était ailleurs. Je l’ai trouvé très fatiguée tout d’un coup. Visiblement Sam a eu la même idée que moi.

- Tu sais maman, quand la maman de Titeuf est fatiguée, elle va dans un endroit où on lui met plein de crème partout et elle revient toute jeune et très gaie.

Samy a réussi à la faire rire finalement. Elle a quand même jeté un coup d’œil inquiet dans la glace en portant Sam à la salle de bain pour qu’il se lave les dents.

C’était lundi dernier. Une semaine avant la grève. C’est fou ce que tout a pu changer en si peu de temps. Je trouve que maman a meilleure mine. C’est papa qui m’inquiète maintenant. Ce soir, quand il est rentré, je l’ai entendu dire à maman qu’elle « ne lui refasse plus jamais un coup pareil ». Maman a dit « quel coup ? » Papa a ajouté « où tu vas ? ». Elle lui a répondu « prendre un bain ». Il a dit « qu’est qu’on mange ? ». Elle a dit « ce que tu veux ». Puis j’ai entendu l’eau couler.

*****

Papa vient m’embrasser quand il rentre car il sait que je ne dors pas. Ce soir, pour lui mettre du baume au cœur, je lui ai dit que la grève de maman était une bonne idée. Il s’est gratté la tête en me regardant très surpris. Puis il m’a dit « c’est quoi cette chambre ? ». Et il a poussé un grand soupir, un soupir comme fait maman quand elle ne fait pas grève et qu’elle découvre l’état de ma chambre en me mettant au lit. Je n’ai pas osé lui parler de la crème de la maman de Titeuf parce que c’est un papa et pas une maman. Mais j’y ai pensé très fort. On entendait une petite musique venir de la salle de bain.

- Tu vois, elle est cool maman quand elle fait grève.
- Oui mon amour, et toi – il m’a appuyé sur le nez avec le doigt – tu vas mettre la main à la pâte.
- Hein !
- Qu’est-ce que tu croies ? Que je vais m’occuper de tout tout seul ?
- Comprends pas.
- Tu es une petite fille très intelligente qui comprend tout. A partir de demain, chambre rangée, tee-shirt plié, lit fait, table débarrassée.
- Tu m’envoies en pension ?

Papa a ri. Pas moi.

- On va lui montrer de quoi on est capable.
- A qui ?
- A maman, grenouille !
- Je ne suis pas une grenouille !
- Si tu es une grenouille !!

On a tellement rigolé qu’on a réveillé Samy. Maman n’est pas arrivée en courant en nous disant que nous étions impossibles car elle avait mis une heure pour endormir Sam – ce qui était vrai. Sam a hurlé jusqu’à ce que papa s’en occupe. Je me suis levée pour lui faire un bisou. Je lui trouve une mine terrible, avec de grosse cernes, et une barre sur le front. Papa n’aime visiblement pas du tout la grève de maman. Je suis allée vérifier. Elle était toujours dans la salle de bain.
******

C’est le week-end. Maman est toujours en grève. Je trouve papa moins cool que maman. Il prend le relais en quelque sorte. Par contre, la maison a une allure étrange. On dirait que maman ne voit pas les affaires qui traînent. Pourtant, elle ne marche pas dessus. Quand papa ose lui en parler, elle dit que « ça » lui passe « au-dessus ». Mais tout reste par terre. Rien ne vole. En plus, ce soir, il y a un dîner à la maison.

- Tu comptes faire un dîner ce soir ? a dit papa. Je te croyais en grève.
- Pourquoi est-ce que je ne verrais pas mes amis ?
- Pour un millier de raisons, a soupiré papa en regardant autour de lui.

Nous avons fait le marché en famille. C’était chouette. Ensuite, papa a foncé sur son ordinateur et maman a cuisiné avec Sam. Sam adore cuisiner avec maman. Sa maman chérie d’amour qu’il aime. Il ferait de la couture pour rester collé à elle. Par chance pour Sam, maman déteste faire de la couture. Julie est partie téléphoner dans sa chambre et j’ai regardé la maison. C’était un vrai capharnaüm. J’étais prête à donner un coup de main à maman quand elle donnerait le top départ. Mais elle n’a rien demandé. Elle a préparé une très jolie table, avec sa nappe en lin framboise et ses serviettes roses pales. Je n’aime pas le rose mais sa table était vraiment jolie. Elle avait acheté des pivoines au marché qu’elle a mis dans un grand verre transparent au milieu de la table. Dans la cuisine, ça sentait bon. Maman m’a demandé de maintenir mon ‘fauve’ dans ma chambre pour qu’il ne vienne pas mettre ses moustaches dans ses plats. Comme d’habitude, dès qu’il y a un dîner, mon pauvre chat est consigné. Tout était prêt. Enfin, les plats étaient prêts. La cuisine de maman n’est pas toujours excellente mais elle met un point d’honneur à ce que tout soit joli. Ses plats et ses assiettes ressemblent à de petits tableaux. On a envie d’y goûter. Je me suis laissée prendre au piège plusieurs fois. J’ai même mangé un jour une cuillère d’artichaut froid. Ils étaient bien cachés les artichauts ! J’ai tout recraché dans mon assiette et je me suis faite gronder. Un comble. J’étais furieuse.

Maman nous a demandé d’aller prendre notre bain et de nous habiller. Elle s’est occupée de Sam. Papa est rentré dans la salle de bain après nous et a hurlé ce que c’était une porcherie. Que les invités allaient arriver et que ce n’était pas possible ! Et il a tout déballé. Le salon était soi-disant un enfer, le couloir était impraticable. Etc. etc.… Maman lui a tendu un verre posé sur le lavabo en lui disant qu’il devait être à lui et qu’il pouvait commencer par le mettre dans le lave-vaisselle. Papa a ouvert et fermé la bouche comme le poisson rouge de la classe de Sam. Puis maman a fermé la porte de la salle de bain et a pris un bain. Un long. Avec de la musique. J’ai remarqué que la grève de maman se passe beaucoup dans la baignoire. Elle dit que ça la détend.

Elle est ressortie avec une jolie robe neuve et un petit collier. Je l’ai trouvé superbe. Hors de la salle de bain, c’était la guerre. Papa s’affairait en étoile autour du hall. Sam hurlait car papa avait défait son exposition de camions. Papa a hurlé qu’il vivait chez les fous. Le chat a filé entre mes jambes pour se précipiter dans ma chambre. Maman s’est installé sur le canapé et a pris un magazine.

- Jo, on ne peut pas laisser la maison comme ça.
- Si tu le dis.
- Tu as vu l’état du salon.
- J’ai même mis la table.

Papa anéanti a dit qu’il allait chercher le vin. Nous nous sommes dispersés dans nos chambres pour nous faire oublier. Sauf Sam qui a pleuré la cause de ses camions auprès de maman qui semblait absorbée par son magazine. Elle a dit « oui oui » je crois. Et Sam ravi a refait son stand.

*******

J’aime bien les copains de papa et maman. Ils sont très sympas, à part quelques exceptions qui ne sont pas invités ce soir. J’ai couru dans le hall pour ouvrir dès qu’ils ont sonné.

- Jolie déco, a dit Garance en souriant.

Elle ne regardait pas la jolie table de maman, mais ‘le reste’.

- Je me sens comme à la maison, a dit Suzy.
- Maman fait grève j’ai dit.

Elles ont rigolé. Comme la maîtresse. Papa m’a dit sans rire qu’il était déjà tard et que je devais filer au lit. J’ai fait un gros câlin à Suzy qui est ma copine.

- C’est quoi cette histoire de grève ?
- C’est maman, elle devient cool. Elle fait grève.
- Ta mère fait soi-disant grève parce que tu la fatigues !
- Toi aussi, j’ai répliqué à papa.
- Pauline ! File dans ta chambre !
- Non !

Suzy m’a porté dans ma chambre. Je pleurais aussi fort que Sam et ma figure devait ressembler à celle de Julie.

Papa ne comprenait rien de toute façon. Maman devenait cool, elle avait enfin l’air d’être moins fatiguée. Et lui, il stressait comme pour compenser. Il nous criait dessus. Il devenait nul. J’en avais marre. D’abord, il ne range pas plus que moi alors il n’a rien à dire !J’ai commis l’erreur fatale de le lui dire. Nous étions face à face, très en colère, comme rarement. Et le ton est monté, monté, très, très vite. Je lui ai déclaré qu’il était impossible et que moi aussi je faisais grève. Comme maman. Comme ça, je pouvais dire ce que je voulais.

Papa a dit à maman que tout était de sa faute. Maman a répliqué du tac au tac « je te demande pardon ». Mais elle ne lui demandait pas pardon. Elle posait une question. Elle aurait pu dire « non mais je rêve là ! ». Mais elle ne parle pas comme Marie ou moi. Maman parle comme il faut.

Suzy a attendu que je me calme. Elle m’a expliqué que maman voulait nous faire passer un message. Que ce n’était pas toujours facile d’être une maman, même quand on aime ses enfants aussi fort que maman nous aime. Qu’elle la comprenait vraiment. Je lui ai demandé si elle était dans le coup parce que ce soir j’avais vraiment eu ma dose. Elle m’a assuré que non. Elle a rajouté que si je voulais bien y réfléchir quelques minutes, je pouvais trouver la solution très vite et tout arranger. Quand elle est partie, je suis allée voir Julie. Cette histoire de grève avait trop duré. Nous avons beaucoup parlé avec Julie. J’ai dormi dans son lit. C’était cool. Nous nous sommes endormies après avoir mis au point un plan parfait.

********

Le réveil a sonné très tôt. Nous avons mis des foulards sur nos têtes et nous avons réveillé Sam. Nous avons commencé par ranger nos chambres. Ensemble, c’était plutôt amusant. Julie m’a fait remarquer que ma chambre était vraiment la pire des trois et j’ai du reconnaître qu’elle avait raison mais je déteste jeter. J’ai pris sur moi pour une fois. Ce qui était rigolo, c’est que nous avons retrouvé des tas de trucs géniaux que nous croyons avoir perdus. Une fois nos chambres rangées, nous sommes allés en file indienne jusqu’au salon. Nous avons ramené dans nos chambres tout ce qui était à nous. J’ai prêté à Sam ma vieille poussette et il s’en est servi pour transporter sa collection de camions. En fait, à part nos affaires, tout le reste était rangé. C’est ce qui nous a frappé quand nous avons eu terminé. Les chaussures ont retrouvé leurs places dans le placard. La maison avait l’air contente. Elle était comme avant. Julie a préparé un biberon pour Samy qui l’avait bien mérité. Il préfère boire son chocolat dans un biberon mais depuis qu’il a cinq ans, il est censé faire comme les grands. Il était super heureux de retrouver son bon vieux bibi. Ensuite, nous avons décidé que nous avions bien mérité une pause. Nous nous sommes installés sur le canapé devant les dessins animés qui commençaient. Et nous nous sommes endormis. Tous les trois.

Quand nous nous sommes réveillés, il y avait une superbe table de petit déjeuner installée au salon, devant le canapé. Il y avait des croissants tout chauds et même des fraises ! Papa et maman avaient tous les deux un immense sourire. Nous avons fait des tas de câlins tous les cinq. La journée commençait génialement bien. Maman a dit qu’elle était très fière de nous. Sam a voulu qu’elle voie sa chambre. Nous leur avons fait visiter la maison. Je me suis juste postée devant ma commode pour que la vision de mes tee-shirts en boule dans le tiroir ne vienne pas gâcher la fête. Ensuite, nous avons parlé tous les cinq. De ce que nous avions fait. De la grève de maman. De son nouveau travail qu’elle aime vraiment beaucoup. Du temps que nous aimerions passer ensemble, tous ensemble. Des prochaines vacances. Et aussi de miss Smaïze. Julie a même fait une blague en anglais qui a beaucoup fait rire papa. Mais je n’ai rien compris. Maman a déclaré que la grève était finie. Papa avait l’air aux anges. Elle a rajouté « jusqu’à nouvel ordre». Et cette fois, j’ai compris ce que ça voulait dire. Je lui ai promis qu’elle n’aurait plus jamais besoin de se mettre en grève pour qu’on l’aide à la maison.

- Pas vrai pa ?

*********

J’ai attendu d’être seule avec maman pour lui demander ce qu’elle avait fait pendant tout ce temps passé dans la salle de bain. Elle m’a confié que c’était un endroit idéal pour écrire sans être dérangée. J’ignorais que maman écrivait elle-aussi. J’ai voulu savoir si c’était une histoire que je pourrai lire. Elle me répète souvent que les histoires de grands ne sont pas pour les enfants. Par contre, elle ne se gêne pas pour me prendre mes livres. En plus, j’ai bien remarqué que ses livres que « je n’ai pas encore l’âge de lire » sont parfois écrits par des auteurs que j’adore. Elle a même mon auteur préféré dans sa bibliothèque. Mais maman m’a dit que je pourrai lire son histoire. Il paraît même qu’elle l’a écrite pour moi, enfin pour nous.

Nous sommes allés dans sa chambre où elle a sorti son texte d’une pochette rouge. Elle a écrit une dédicace sur la première page : « A mes trois petits cochons adorés ». J’ai protesté.

- D’abord, nous sommes au moins quatre petits cochons dans cette maison. Et en plus, c’est du passé !

Maman m’a embrassé. Mais c’est la seule correction qu’elle m’a laissé faire à MAMAN FAIT GREVE .



- fin -




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